ARGUMENTAIRE
Le propre de tout discours politique est de présenter une vision orientée de la réalité. C’est un discours qui n’en laisse apparaître que la parcelle correspondant aux intérêts des acteurs sociaux. Par essence, ce discours entretient avec les référents, réels et fictifs, une relation d’infidélité : exagération, minimisation, péjoration, omission, déformation, défiguration…bref, toutes sortes d’opérations mentales et linguistiques qui s’inscrivent dans le cadre général de la conviction, voire la manipulation.
Le thème de la manipulation politique a déjà fait l’objet de plusieurs études, le plus souvent inspirées de la littérature marxiste. Depuis des décennies, ce genre d’analyse s’est développé grâce aux travaux de Gramsci, Teun van Dijk, Berstein, Halliday, Foucault, Pêcheux etc. Ces penseurs ont tous mis l’accent sur les abus du pouvoir, les jeux autoritaires et les stratégies d’hégémonie dont le discours politique et le vecteur. Les résultats de ces recherches sont trop connus pour être repris. Ils s’inscrivent de surcroît dans une optique critique du pouvoir et frôlent, par moment, l’anarchisme.
Aussi, notre approche en diffère de manière substantielle : elle vise plutôt à analyser les constructions linguistiques de la manipulation, en mobilisant les acquis des nouvelles théories, toute méthode confondue (pragmatique, cognitive, fonctionnelle…), afin d’analyser les mécanismes que les pouvoirs déploient pour manipuler les opinions, influer sur les comportements et faire voir ce qu’ils désirent mettre en évidence.
Les propositions de contributions peuvent concerner une (ou plusieurs) des catégories suivantes :
a) Déclarations solennelles : Celles proférées par les orateurs et les responsables politiques arabes en vue de justifier leur vision, d’inciter les troupes à y adhérer et d’agir sur les foules lors des occasions nationales, meetings, rencontres partisanes…
b) Discours médiatiques : ceux qui relatent les « faits politiques », tout en les récréant, les modifiant et bien sûr les déformant. Les textes, que produisent au fil des heures les chaines d’information transnationales arabes, constituent une mine intarissable où chaque reportage/texte véhicule une volonté de manipuler l’opinion et d’agir sur les récepteurs. De la même manière, les chaines nationales (locales) s’évertuent à répliquer en présentant une autre vision de ces faits. Entre Al-Jazeera, Al-Arabia, Al-Manar, Sana…des batailles sont menées sans merci.
c) Débats et commentaires spontanés : Ils sont établis non seulement dans des contextes formels (plateaux télévisés, analyses politiques, écrits savants…), mais aussi sur les réseaux sociaux où l’on rencontre le phénomène de la diglossie. Les juristes, activistes et travailleurs humanitaires contribuent également à ces débats à la fois par des « témoignages » et des « analyses » qui présentent un autre volet de la réalité.
d)Littérature arabe contemporaine (romans, nouvelles, poésie, chants) a fait de la manipulation un de ses thèmes de prédilection. Les textes fictifs se font l’écho des pratiques discursives des pouvoirs(autoritaires) en place pour manipuler les opinions et les orienter.
AXES :
Notre colloque a pour objectif de s’interroger sur les axes suivants :
Examiner les aspects et procédés de manipulation dans une optique de traductologie : comment rendre les charges, les tournures du langage et les figures où se niche la défiguration. Celle-ci pose un enjeu de taille, car elle n’a pas, le plus souvent, un équivalent fidèle et précis dans la langue d’arrivée.
Cerner les constructions linguistiques (lexicales, syntaxiques et métaphoriques) qui contribuent à créer l’effet de manipulation, celle-ci étant un produit infini qui se vit par le récepteur, si ce dernier n’arrive pas à le débusquer.
Examiner le rôle des processus interprétatifs propres à la consécration des effets manipulateurs.
Les procédés purement stylistiques pour créer les effets escomptés : répétitions, parabole, stigmatisation. …

COORDINATION SCIENTIFIQUE:

Sonia Mbarek-Rais
Coordinatrice scientifique Tunisie
Faculté de droit et de sciences politiques de Tunis
Contact@soniambarek.com

Nejmeddine Khalfallah
Coordinateur Scientifique France
Université de Lorraine
nejmid@gmail.com

PROGRAMME

09h00 : Accueil des participants

09h15 : Ouverture du Colloque, discours de Monsieur Sami BOSTANGI, Doyen de la faculté de Droit et des Sciences Politiques.

09h30 : Sonia MBAREK (Tunis ), Le discours politique consensuel en Tunisie de 2011-2018 : approche sociologique.

10h:00 : Nejmeddine KHALFALLAH (France) « Le délit de takfīr entre le droit et politique ».

11h00- 11h15 : Débats.

11h15 – 11h30: Pause café

11h30-12h00 : Khawla BENAICHA (France) : « La communication politique dans l’univers publicitaire : séduire l’électeur et vendre du rêve».

12h00 12h30 : Ridha BOUKRAA (Tunisie), « Lecture anthropologique du rapport de la Colibe» où la manipulation s’opère à l’intérieur du texte et à la faveur des réactions au texte ».

12h30 à 12h45 : Débats

13h:00 Pause déjeuner

14h30- 15h00 : Sabrina TAGUEMOUT (Algérie) « De l’argumentation à la manipulation : étude de la manipulation dans les discours politiques algériens.

15h00 – 15h30 : Rima LABBAN (France) : « L’enseignement du vocabulaire politique : aspects diachroniques et synchroniques ».

15h30 -15h45 : Débats

15h45 – 16h00: Pause café

16h00 -16h30 : Samir MEFTAH (Algérie), L’entreprise de manipulation dans la communication politico-médiatique. De la sémiotisation des émotions à la visée d’incitation.

16h30-17h00 : Salima SRITI (Algérie) Manipuler par la qualification péjorative dans les discours de Ahmed OUYAHIA.

17h00-17h30 : Rachid CHIBANE (Algérie) Langues et discours politiques en Algérie : des langues désirées aux langues rejetées quelles motivations ?

17h30 -17h45 : Débats:

17h45- 18h00 : Discours de clôture et bilan.

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