Conférence Débat « Deux Amériques face à face : la nouvelle guerre de sécession » présentée par
Christophe DEROUBAIX, grand reporter à l’Humanité,
auteur de « L’Amérique qui vient » (éditions de l’Atelier).
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L’Amérique n’a jamais été aussi divisée depuis l’abolition de l’esclavage en 1865.
L’Amérique est divisée socialement. Le pays a retrouvé son niveau d’inégalités sociales des années 20, soit avant la mise en place de politiques de redistribution par le New Deal de Roosevelt. Le 1% le plus riche du pays détient 40% de la richesse nationale et capte près de 90% des nouvelles richesses créées. Cette explosion des inégalités s’accompagne d’une mobilité sociale qui n’a jamais été aussi peu importante et qui est la plus faible de tous les pays industrialisés occidentaux. Le « rêve américain » de promotion sociale par le travail n’existe plus.
L’Amérique est divisée idéologiquement et politiquement. A ce mouvement d’étirement de l’échelle sociale correspond un mouvement de polarisation politique : les électeurs démocrates sont de plus en plus à gauche et les électeurs républicains, de plus en plus à droite. Une Amérique est de plus en plus favorable aux politiques publiques économiques et sociales, aux législations sociétales progressistes. Une autre Amérique y est de plus en plus opposée.
L’Amérique est divisée territorialement. Les grandes villes et les côtes forment une Amérique « mondialisée » dans la composition de sa population, culturellement ouverte. Le Sud et le pays profond incarnent une Amérique cramponnée à ses mythes fondateurs.
Ce sont deux Amériques qui se font face. D’un côté, une Amérique diverse, jeune, plus diplômée, progressiste, l’ « Amérique qui vient ». De l’autre, une Amérique blanche, vieillissante, conservatrice, l’ « Amérique qui se meurt ».
Au terme d’une campagne électorale qui a défié les standards, c’est l’Amérique minoritaire qui s’est emparée de la Maison Blanche. Minoritaire ? Donald Trump est le plus mal élu des présidents depuis John Adams en 1824. Il recueille 46,5% des suffrages exprimés. Il bénéficie du système du collège électoral, créé afin de pondérer le suffrage universel. Ses victoires imprévues dans trois Etats de la ceinture industrielle du Midwest lui ont donné la victoire. Malgré deux millions de voix d’avance, Hillary Clinton a perdu des millions d’électeurs, jeunes, africains-américains, latinos, en route. C’est l’échec et la fin du « clintonisme ».
Le jour même de cette débâcle, des millions d’Américains votaient pourtant, dans nombre d’Etats, pour renforcer des législations progressistes (salaire minimum, contrôle des armes à feu, légalisation de la marijuana), démonstrations en grandeur nature de l’émergence d’une nouvelle Amérique. Avec l’accession de Trump à la présidence et le contrôle total des républicains sur le Congrès, l’avenir appartient lui appartient-il toujours ? Démographiquement, c’est une certitude. Dans une génération, le pays ne sera formé que de « minorités », puisque la proportion de Blancs passera sous la barre des 50%. Politiquement, c’est tout l’enjeu de la période qui s’ouvre. Les « Millennials », force motrice de la candidature de Bernie Sanders, vont-ils continue à s’investir dans le champ public ? Que va faire Trump, sur la scène nationale et internationale, de sa victoire par défaut ?

Les deux pays vont-ils continuer de diverger, créant une situation de quasi-sécession ?

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