Le B’chira Art Center accueille la deuxième exposition du projet Under the sand du 29 septembre au 20 octobre.

« L’exposition « Metaxu, poé(li)tique du voisinage » présentée au B’Chira Art Center fait suite à la troisième résidence organisée par le projet Under The Sand dans la région de Gafsa. Elle prolonge les problématiques de la première exposition intitulée Nucléus qui s’est tenue en décembre 2016 à Nantes, lors du retour du premier volet de résidences.

Le mode opératoire de la précédente exposition s’apparentait à la formation du cristal dont chaque couche structurée, nous rappelle Gilbert Simondon, sert de principe à la formation de la couche de cristal suivante. Au dispositif en feuilletage et plateaux, convoquant couches géologiques et temporelles diverses, se déploient désormais des ramifications moléculaires qui procèdent par tissage et métissage. À la cellule du nucléus et aux non-œuvres de la première exposition répond donc un deuxième niveau, ou plutôt, un état intermédiaire que les Grecs nommaient METAXU. Les noyaux matriciels s’animent d’une quasi-vie, en cela qu’ils se maintiennent dans le processus qui les fait croître, et fonctionnent par voisinages, connexions en résonnant entre eux, selon des embranchements multiples.
Performance, vidéo, installation, peinture ou encore dessin, un large éventail de pratiques est déplié à travers l’exposition, offrant un discours polyphonique où s’articulent histoire, anecdote, mythologies, gestes archaïques et intelligence artificielle. Pas de parcours spécifique mais une structure éclatée qui rend compte de la réalité hétérogène d’un territoire oscillant entre permanence et transformation, condensation et dissémination.

Impactée depuis des années par l’exploitation minière et les mouvements sociaux, Gafsa se présente aujourd’hui comme une ville aux multiples facettes. Durant la résidence, les artistes ont pu arpenter ses quartiers résidentiels en chantier, ses montagnes d’ocre et de sable, ses oasis tentaculaires, son centre ville défraichi ou encore ses sites préhistoriques et romains, autant de paysages contrastés qui ont nourri leurs différents travaux. Ces derniers proposent de réifier la mémoire des hommes et des lieux (Farah Khelil, Amélie Labourdette, Wilfried Nail, Ali Tnani), de réactiver des croyances ancestrales (Imen Bahri, Haythem Zakaria), de capter l’empreinte de l’artiste dans le paysage (Souad Mani, Benoît Travers) ou encore d’invoquer des imaginaires inattendus par l’isolement ou la stylisation des motifs observés in situ (Minhee Kim, Pascale Rémita).

Bien que pensées dans des approches différentes et développées en plusieurs temps et espaces, les œuvres de l’exposition dialoguent inexorablement et ouvrent sur une multitude de sujets et de questions éludés ou laissés en suspens. Elles introduisent de nouvelles dimensions, de nouveaux filtres de perception. Plus encore, elles restituent l’épaisseur du temps, de la matière
et de la parole oubliée dans un territoire aussi large et complexe que celui de Gafsa.

A travers ces œuvres, Metaxu inaugure une nouvelle phase du projet Under the Sand. Il aura fallu goûter à l’ennui créateur, à la latence providentielle et au rythme lent du quotidien pour que les
potentiels du temps produisent de nouveaux régimes. Le poétique est venu se mêler au politique, l’intime au collectif, le profane au sacré. Les représentations figées et les lieux communs ont été désamorcés, fissurés. Il en résulte un territoire déplacé, augmenté, en somme un territoire qui fait corps avec le monde. »

— Fatma CHEFFI & Marion ZILIO
Commissaires associées au projet – Under the sand –

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