Institut de Presse et des Science de l’information Colloque international :

« Médias, communication et diversité culturelle »​

Tunis, 4-5 avril 2019

Il se peut que l’appel de l’historien français « Fernand Braudel » aux sciences sociales de la nécessité de renverser le sablier dans tous les sens devienne obligatoire afin de comprendre la nature de la relation entre le système médiatique et communicationnel d’un côté et l’idée de la diversité culturelle d’un autre côté.

Ceci dit, « pas de culture sans l’intervention des medias et pas d’identité sans traduction » (Mattelart, 2008). La culture demeure «expressions symboliques et matérielles qui incarnent la conscience du « soi collectif » et qui sollicitent en elles- mêmes la communication avec l’autre et avec l’environnement ».

La relation entre médias, communication et diversité culturelle s’ouvre sur plusieurs savoirs et sphères intellectuels, de l’anthropologie de la communication (Winkin, 1996) , à l’ethnographie, aux « cultural studies » , en passant par l’archéologie du savoir. De même, cette relation trouve sa place dans les sciences de l’information et de la communication qui étudient non seulement les contenus informationnels et les structures médiatiques et communicationnelles mais aussi leurs mécanismes de production et de réception.

La diversité culturelle se dessine comme un cas d’invitation au sein des structures des Nations-Unies et de l’Union Européenne contre la marchandisation et contre la loi de l’offre et de la demande, s’inscrivant en rapport avec la thèse « des industries culturelles » et de « l’américanisation » (Adorno, Horkeimer).

La diversité culturelle a été vite contextualisée comme un cas exploratoire des thèses du multiculturalisme et de la pluralité linguistique, éthnique, folklorique et symbolique dans une société donnée, exprimée selon plusieurs chercheurs par le duel de la « pluralité au sein de l’unité ».

Mis à part les orientations utopiques s’appuyant sur le déterminisme instrumental entre les médias et la diversité intellectuelle, cette dernière se trouve entre deux discours. Le premier se caractérise par « une culture unique » avec ses formes contradictoires : celle de « dogmatisme national » refusant l’interaction symbolique et celle de « dogmatisme international » excluant l’acculturation. Dans les deux cas les médias et les industries culturelles ont joué des rôles primordiaux au niveau de l’édification des stéréotypes.   Le deuxième discours est celui de la narration autour de la fragmentation des identités (kimlicka 2009) de même que la naissance et la renaissance des identités meurtrières (Maalouf 1998) ou les ethnies prédatrices (Appadurai 2006, 2013) où les médias « mainstream » demeurent la pièce maîtresse du déclenchement des guerres civiles et de la propagande mutuelle contre diverses ethnies et minorités ( Ex-Yougoslavie, Rwanda, Liban …).

Dans le sillage de cette querelle intellectuelle, nous proposons une problématique tendant à appréhender la nature du rôle que peuvent jouer les systèmes médiatiques et communicationnels pour reconnaître la diversité culturelle et l’enrichir : dans cette perspective nous nous demandons, jusqu’à quelle mesure les médias peuvent-ils aujourd’hui participer à la gestion de la diversité culturelle dans les sociétés ?

En vertu de ce qui a été mentionné précédemment, explorer la relation existante et supposée entre les systèmes médiatiques et communicationnels et la diversité culturelle appelle quatre axes explicatifs au sein desquels s’interfèrent le contexte local, régional et international avec les enjeux scientifiques et symboliques qui y sont liés.

Axe1: Les expressions médiatiques et communicationnelles dans le cadre de la diversité culturelle

Dans son article « Qui a peur de la télévision en couleur ? », Isabelle Rigoni, l’historienne des sujets des cultures plurielles, met l’accent sur la manifestation des expressions médiatiques et communicationnelles d’ordre linguistique et symbolique et son passage de l’état de la médiatisation à l’état de l’acteur médiatique. Ce constat a été lié aux sujets de l’immigration en Europe et en Amérique mais aussi au contexte de l’ouverture politique relative qu’ont connu les pays nord-africains. Ce contexte a permis de dépasser ce que De Certeau a nommé « les expressions muettes »(traditions, coutumes, folklore, etc) vers des « expressions parlantes », image et son.

Dans cette perspective, nous nous interrogeons : Est-ce que les expressions spécifiques à la diversité culturelle dans toutes ses formes, participent à la formulation d’un espace public multiple et varié ou est-ce qu’elles ont adopté une vision unidirectionnelle en reformulant un discours clos et renfermé ? Les expressions artistiques et culturelles (cinéma, festivals, rencontres, etc) ont-elles  participé à l’organisation de la relation entre « le centre et les aléas » ou est-ce l’empreinte de la folklorisation et de « l’esclavagisme symbolique » qui caractérise encore les contenus informationnels et communicationnels médiatiques ?

Axe 2: L’image de soi et de l’autre dans les contenus médiatiques et communicationnels

Les travaux sur les formes de la diversité culturelle dans les contenus médiatiques et communicationnels, traitent non seulement le sujet de la construction de « l’image stéréotypée et mentale » du « soi collectif » mais aussi de « l’autre collectif » ou « la construction de l’autre », selon l’expression du sociologue tunisien Tahar Labib.

Si le corpus scientifique s’accorde sur le fait que « les groupes d’affiliation » sont des « groupes imaginaires » à travers les outils et mécanismes symboliques (histoire, langue, codes communs, etc.), l’autre « individuel ou collectif » peut se trouver dans ce que Roland Barthes appelle « la mythologie présente », c’est-à-dire dans l’impossible symbolique et épistémologique « d’imaginer l’autrui ». Cette approche marque ses traces dans les travaux de la sociologue Isabelle Veyrat Masson à propos de « l’acte réducteur de la mémoire collective » qui surestime le « soi » et sous-estime « l’autre » ou les « autres ».

Dans ce cadre, comment les médias peuvent faire connaître « l’autre différent » afin d’admettre ses différences, mais aussi quelles sont leurs stratégies afin de lutter contre la « culture de la haine » ? Comment ces médias peuvent-ils, par exemple, accroître l’image et la nouvelle culture de l’immigré dans les sociétés d’accueil ? Est-ce que les médias peuvent participer à renouveler la perception autour des identités différentes et construire, par ailleurs, des nouveaux imaginaires ou est-ce qu’ils reproduisent, reconstruisent et interprètent des stéréotypes déjà connus ? Ces médias, peuvent-ils jouer un rôle unificateur des divers types et perceptions cognitifs dans le cadre d’une société ou dans le cadre « d’unité basée sur la diversité »?

Axe3 : Régulation et autorégulation autour de la diversité culturelle

L’Unesco a essayé d’adopter les principes de la diversité culturelle dans les contenus médiatiques et communicationnels des medias publics en se basant sur l’équité et la bonne présentation des expressions culturelles, linguistiques et religieuses dans les sociétés. La pluralité linguistique demeure une composante essentielle dans toute société et le rôle des moyens de communication est de clarifier cette diversité afin d’éduquer les individus à la « culture de la reconnaissance de l’autre » et garantir la cohabitation entre les diverses cultures qui caractérisent la société. La gestion des sujets relatifs à la diversité culturelle dans le paysage médiatique a constitué un axe d’expériences multiples de régulation et d’autorégulation adopté par plusieurs pays à savoir : le Canada, l’Australie, la Belgique, la Suisse, le Maroc et l’Algérie. Ces expériences s’appuient sur l’approche de la médiatisation de la diversité culturelle et l’amélioration des mécanismes de production symbolique des ressources matérielles et immatérielles.

En Tunisie, les sujets liés à l’immigration et à l’asile humain ont poussé les structures professionnelles médiatiques à réfléchir à la publication de chartes professionnelles liées à la couverture de ce type de sujet. Citons comme exemple l’expérience du syndicat des journalistes tunisiens en 2016 avec le code de conduite dans la couverture médiatique en matière d’asile et d’immigration, et la promulgation de la loi contre la discrimination raciale (2018) mettant l’accent sur les contenus médiatique relatifs aux identités culturelles.

Ceci dit, pouvons-nous parler d’une gestion médiatique de la diversité culturelle ? Quel rôle peut jouer l’Etat, les instances de régulation, et les organisations professionnelles dans l’identification des responsabilités afin de défendre la diversité et la pluralité culturelle ? Quelles sont les garanties et les moyens que l’Etat devrait fournir dans le traitement de ce type de sujets ?

Axe4 : La diversité culturelle dans la société-réseaux numériques

L’interaction et l’interactivité caractérisant le nouveau contexte communicationnel ont participé à la manifestation du concept de « sociétés virtuelles » que les individus se projettent pour fuir la réalité de leurs sociétés. Ces réseaux sont devenus l’espace le plus approprié pour manifester les identités et les conflits qui les caractérisent. Ceci a engendré ce que Manuel de Castells nomme « les identités virtuelles ».

Dans ce contexte, est-ce que ces réseaux participent à l’ouverture et à l’interaction des identités entre elles ou au contraire participent à l’effritement des identités réelles ? La société-réseaux numériques peut-elle rejeter toute diversité culturelle en valorisant la culture commune et en mettant à l’écart les spécificités de chaque culture ? Enfin, l’interaction entre « les réseaux et l’humain » participe-t-elle à la création des conflits entre les « identités imposées » et celles qui luttent pour y exister ?

Calendrier

Les propositions, d’un volume de 1000 mots, doivent être soumises au plus tard le 15 janvier 2019 avec la mention IPSI 2019et envoyées à colloque.avril2019@outlook.fr

Les propositions seront évaluées (en double à l’aveugle) par les membres du comité scientifique du colloque et une réponse sera acheminée à leurs auteurs au plus tard le 2 février 2019

La réception des textes finaux est prévue pour le 25 mars 2019

Coordination scientifique : Dr Amine Ben Messaoud, Dr Chahira Ben Abdallah et Dr Faten Bellagha

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